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L’Inutile :: La Honte

  • 6 avril 2015

Ils m’ont dit bla, bla, bla. Ils m’ont dit : « Tu as le droit à la parole. Tu peux dire ce que tu veux. Tu as même le droit de dire ce que tu penses. » Mais ne pense pas qui le veut. Je les ai cru et voilà qu’aujourd’hui, j’en perds mes plumes, moi le rebelle : l’oie sauvage.

Non, ils avaient raison, la libre expression est unanime. Tout le monde parle, disserte, dégueule sur l’un, sur l’autre et c’est parfait comme ça. Mais on réalise vite que discourir c’est comme postillonner dans l’océan. On sait qu’on ajoute quelque chose de plus dans l’étendue des mots, mais c’est pas grand chose quand on s’aperçoit depuis combien de temps tout le monde est là, en rang d’outardes, entrain de postillonner sur la berge.

Bla, bla, bla, mes postillons ne voulaient rien dire dans le fond. J’avais beau cracher le plus loin possible, badigeonner mes idées de salive, les vagues enterraient quand même le son de ma bouche.

Le problème c’est pas qu’il y ait un droit à la libre expression. Je ne remets pas en cause nos salives. Le problème c’est l’absence, l’inexistence d’un devoir à l’écoute attentive.

T’as beau être libre de cracher, mais quand y’a personne pour l’entendre tomber dans la mer, tu te dis : « Je m’en fous, j’vais agir comme bon me semble. » Mais c’est là que tu t’aperçois que ça marche plus. Que malgré tes beaux chants d’oie sauvage, que malgré tes grandes ailes déployées ; T’es collé au plancher. Y t’ont déjà goudronné depuis longtemps pis il leur reste juste à te plumer.

La libre expression, je le savais pas, y me l’avaient jamais dit, ça mène directement au désir d’agir : à la liberté d’action. Mais la liberté d’action c’est défendu. T’as pas le droit. Tu peux pas voler, tu peux juste cracher.

On devrait appeler ça la liberté de pression. Au moins on saurait à quoi s’attendre. « Dis comme les autres parce que de toute façon il faut que tu agisses comme les autres. »

J’ai honte. Je me sens dinde de pas avoir tout compris avant. Avant d’avoir essayé de voler parce que j’en pouvais plus de cracher. J’ai honte, j’ai honte, j’ai honte ! Mais j’ai encore mon droit à libre oppression !

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